Table Isiaque

Analyse de Caylus

Notice de l'objet

Références de l'objet dans le recueil

• Volume : 7

• Partie du Recueil : Antiquités égyptiennes

• Références du texte : T. VII, p. 34-119, sans numéro

• Références de l'image : T. VII, pl. XII

Identification de l'objet

• Dénomination : Table Isiaque

• Matériau : Bronze

• Dimensions : “Cette table de bronze a trois pieds dix pouces trois lignes de longueur, & deux pieds trois pouces neuf lignes de largeur. L’épaisseur du dessus de la table est de cinq lignes & demi, & celle du bord ou de la tranche dont elle est environnée, est de trois lignes. Cette tranche a deux pouces moins une ligne de hauteur, & son pourtour est de douze pieds quatre pouces.”

• Description : La description donnée par Caylus serait issue d’une gravure d’Aeneas Vicus, qui travaillait sous les yeux du cardinal Bembo. Tous les détails ont été fournis par le Chevalier Chauvelin, ambassadeur à la cour. Se reporter à la description donnée dans le Recueil d’Antiquités de Caylus. “La table est d’un cuivre rouge, dont le fond est devenu couleur marron, & dont la teinte est inégale; les parties que la gravure exprime en noir sont couvertes dans l’original par une espèce de vernis tirant sur cette couleur. Les figures sont gravées avec très peu de profondeur, c’est-à-dire, d’un peu moins d’une ligne; elles sont plus foncées en couleur que le champ, & le plus grand nombre de leurs contours est marqué par des filets d’argent incrusté.”

Document étudié par Caylus

• Document :

• Type de reproduction : Gravure

• Histoire de la reproduction : Caylus a copié la réduction de Jacques Franco, et non celle d’Aenéas Vicus.

Histoire de la redécouverte de l'objet

• Lieu de découverte : Non renseignée

• Date de découverte : Avant 1559

• Localisation : Italie, Turin, Trésor des Archives

• Historique : “Le premier qui ait dessiné & gravé la Table Isiaque, est Aénéas Vicus de Parme, il en a publié l’estampe à Venise en 1559, & l’a dédiée à l’Empereur Ferdinand I. Il en a eu une seconde édition en 1600, donnée également à Venise par Jacques Franco; mais la gravure d’Aenéas Vicus a été l’original de toutes celles qui ont paru depuis. Une inscription qu’on voit en tête apprend que ce monument appartenait alors à Torquato, fils du Cardinal Bembo; le père l’avait reçu en présent du pape Paul III. [Selon] Pignorius [...] d’autres personnes assuraient qu’elle avait été achetée après le sac de Rome d’un serrurier qui la vendit assez cher à ce même cardinal. Le P. Montfaucon prétend qu’après sa mort, arrivé en 1547, Torquato Bembo son fils la vendit, & ce fut vraisemblablement au Duc de Mantoue, car ce Prince l’avait placé dans la galerie de ses tableaux, où elle était encore dans le temps que Pignorius écrivait; mais lorsque Mantoue fut saccagée par les Impériaux en 1630, elle disparut, & quelque diligence que l’on put faire, il fut impossible de la retrouver; enfin sans avoir pu savoir de quelle façon elle y est parvenue, on la voit aujourd’hui à Turin dans le Trésor des Archives où elle est exposée à la vue des Curieux.”

Document étudié par Caylus

• Bibliographie : Ammien Marcelin, liv. 22, p. 245, édit. de Lindenbrogius ; Clément d’Alexandrie, Stromates, V ; Diodore de Sicile, I-II ; Eusèbe, Prép. Evan., liv. 3, chap. 12 ; Hérodote, II ; Macrobe, Saturnales, I, 7 ; Pline l’Ancien, liv. VIII, ch. 46. Fourmont (E.), Réflexions sur l’origine, l’histoire et la succession des anciens peuples, T. I, Paris, 1735, p. 382 ; Herwart de Hohemburg (J.-G.), Thesaurus Hieroglyphicorum (la gravure est à contre-épreuve). Jablonski (D. E.), Mélanges de Berlin, T. 6, p. 139, T. 7, 373 ; Marsham (J.), Canon chronicus aegyptiacus, ebraicus, graecus, & disquisitiones. Liber non chronologicae tantum, sed & historicae antiquitatis reconditissima complexus, Londres, 1672, p. 55 ; Pignorius (L.), Mensa Isiaca, Amsterdam, 1669 ; Saumaise (C.), De Annis Climactericis et Antiqua Astrologia Diatribae, Leiden, 1648 ; Valeriano (G.), Les Hiéroglyphes de Pierius ou Hieroglyphica sive de Sacris Aegyptiorum literis commentarii Ionnais Pierii Valeriani Bolzanii Bellunensis, Bâle, 1556, p. 354.

Localisation de l'objet

• Lieu de conservation : Turin, Museo Egizio

• Numéro usuel : inv.7155

• Date d'acquisition : -

Identification de l'objet

• Domaine : Orfèvrerie; Epigraphie

• Dénomination : Table Isiaque (ou Mensa Isiaca)

• Matériau/technique : Argent (incrustation); Cuivre (incrustation); Alliage à base cuivre (damasquiné)

• Dimensions : L. 128 cm , l. 75 cm

• Description : Plaque rectangulaire en alliage à base cuivre, appartenant probablement à un objet rituel, ornée d’une multitude de figures égyptiennes qui ont permis la diffusion du répertoire égyptisant. Au centre, la déesse Isis assise sur le trône encadré par un naos richement décoré. Elle est enveloppée dans une tunique qui retombe jusqu’aux pieds, des bretelles au niveau des épaules. La tête est coiffée d’un petit modius à partir duquel démarrent deux épis de blé. Entre les cornes on retrouve le disque solaire sur lequel est incisé un scarabée. Elle tient le sceptre dans la main droite, surmonté d’une fleur de papyrus; la main gauche est levée en signe de bénédiction ou d’invitation. Sur le côté gauche du trône on observe incisée la représentation d’un chat. Le naos s’appuie sur un abaque décoré avec un lion hierocéphale (Horus) allongé sur un socle très bas. Il serre entre les pattes antérieures un canope à visage humain avec disque solaire entre les plumes. Cet objet se rattache au culte d’Osiris sous forme d’eau sacrée du Nil. Sur le dos du félin, soleil ailé avec deux uraeus. De part et d’autre de la déesse se tiennent plusieurs divinités, toutes tournées vers le naos. On distingue entre autres les deux déesses Nekhbet et Uto et Thot à la tête d’Ibis ; autour d’elle, disposés dans les trois différents registres, séparés par des hiéroglyphes regroupés de manière décorative, on reconnaît les principales divinités égyptiennes et des personnages royaux représentés en train de faire des offrandes. De nombreuses divinités sont aisément identifiables grâce à leurs attributs. Sur le pourtour un ensemble de vignettes, dont la plupart proviennent de papyri funéraires. Surgissent d’étranges sphinx barbus à ailes recourbés qui n’appartiennent pas au répertoire iconographique égyptien. Les inscriptions en hiéroglyphes sont par ailleurs fantaisistes, tout en respectant les conventions de l’art pharaonique. Tout en remarquant ses distances avec les modèles de l’ancienne Egypte, l’oeuvre révèle une bonne connaissance de la religion égyptienne et de l’art pharaonique. La Table Isiaque provient probablement d’un temple romain, peut-être l’Iseo Campense, situé sur le champ de Mars à Rome. On s’interroge encore de nos jours sur le lieu de fabrication. Elle entretient pourtant une certaine proximité avec une base de statuette en bronze découverte à Herculanum, peut-être serait-elle contemporaine de la première vague des cultes isiaques. Elle a été fabriquée par un certain Neilos. Pour la datation, les informations à notre disposition sont en revanche plus claires. Elle date du début de l’époque impériale, probablement sous le règne de l’empereur Claude dont le nom, transcrit dans les caractère hiéroglyphiques, est la seule partie du texte qui a un sens. L’objet est connu dès 1556 et publié en 1605 pour la première par Lorenzo Pignoria(1571-1631). La Mensa isiaca était un monument très célèbre, considérée pendant longtemps comme l'une des pièces fondamentales de l'antiquité égyptienne. Du début du XVIIe s. jusqu’au XIXe s., lorsque l’on admet qu’elle date de l’époque romaine, la Mensa Isiaca (ou Tabula Bembi du nom de son premier propriétaire, Pietro Bembo, 1470-1547) est représentée et commentée dans la plupart des ouvrages consacrés à l’Égypte. Athanase Kircher (1601-1680) publie les premiers essais sérieux de déchiffrement des hiéroglyphes. Les Recueils de Montfaucon, à partir de 1719, celui de Caylus, mais aussi Jablonski, Pauw, Winckelmann et Zoëga ont contribué à faire connaître ce document.

Datation de l'objet

• Civilisation : Art romain

• Période : Epoque impériale

• Datation : Ier s. ap. J.-C. (règne de Claude)

Lieu de fabrication

Italie; Latium (ou Egypte; Alexandrie)

Inscription

• Langue/écriture : hiéroglyphique

• Texte de l'inscription : (..)

Documentation de l'objet

• Bibliographie : B. de Montfaucon, L'antiquité expliquée et représentée en figures, Paris, 1719, 2,2, pl. CXXXVIII. M. Fourmont, Remarques sur quelques monuments égyptiens, manuscrit BnF, suppl. gr. 297, E. Leospo, “La Mensa Isiaca di Torino”, dans Catalogo del Museo di Torino IV, Leiden, 1878. Sur Caylus et ses commentaires concernant ce monument, on consultera en particulier p. 14, 18, 21, 24. J. Leclant, G. Clerc, Inventaire Bibliographique des Isiaca, Répertoire analytique des travaux relatifs à la diffusion des cultes isiaques (1940-1969), Leiden, 1972, p. 142. V. Tam Tinh Tran, Le culte des divinités orientales en Campanie en dehors de Pompéi, de Stabies et d'Herculanum, Leiden, 1972, p. 54. M. De Vos, A. De Vos, L'egittomania in pitture e mosaici romano-campani della prima età imperiale, Leiden, 1980, p. 63-64. M.-C. Bruwier, Présence de l'Égypte dans les collections de la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin, Namur, 1994, p. 49-50, 79, 151-152. J.-M. Humbert, M. Pantazzi, Ch. Ziegler, Egyptomania. L’Egypte dans l’art occidental 1730-1930, catalogue d’exposition (Paris, Musée du Louvre, ..., 20.01-18.04.1994), p. 64-66. Publication de la gravure de B. Montfaucon. Iside. Il mito il mistero la magia, Catalogue de l'exposition (Palazzo Reale de Milan, 22 février - 1er juin 1997), Milan, 1997, p. 28-29. B. de Rachewiltz, A.M. Partini, Roma egizia : culti, templi e divinità egizie nella Roma imperiale, Rome, 1999, p. 154 sq. J. Stevens Curl, The Egyptian Revival. Ancient Egypt as the Inspiration for Design Motifs in the West, Routledge, 2005, p. 110 sq.

Commentaire critique

Ch. Nisard, Correspondance inédite du Comte de Caylus avec le P. Paciaudi, Paris, vol. I, 1877I, p. 207, lettre de Barthélemy à Paciaudi, du 17 octobre 1757 Dans sa lettre à Paciaudi, Barthélemy indique qu’il a fait changer à Caylus le titre “d’explication” en “description”, ce que C. fait.